Dans un soupir de soulagement, je laisse tomber le dernier carton vide. Espérons que ce soit le dernier ! Deux déménagements en l'espace d'une année, une épreuve qui a fait de moi un maître incontesté de l'art du rangement... Mais l'overdose de cartons est bien réelle. Je m'abandonne avec délectation sur mon canapé flambant neuf, un havre de paix dont le confort, heureusement, se révèle à la hauteur de mes espérances. Il sera le compagnon idéal de mes futures séances de lecture, à portée de main de ma bibliothèque fraîchement installée.
Me redressant, je caresse du bout des doigts les tranches des ouvrages alignés, à la recherche de l'évasion parfaite : Jules Verne, H.G. Wells, Tolkien... Mon cœur balance entre science-fiction et récits d'aventures épiques. L'étagère centrale, elle, abrite mes précieux ouvrages d'histoire et de généalogie. C'est là ma véritable passion, ce qui me fait vibrer : exhumer ces vieilles histoires de famille que la plupart préfèrent reléguer aux oubliettes. Au bout de la rangée, mon regard s'attarde sur une petite boîte métallique.
C'est le dernier vestige de mon passé qui n'a pas encore trouvé sa place définitive. Je n’ai pas osé l'ouvrir depuis le départ de ma grand-mère, en 2020. Le temps semble s'être arrêté à cet instant. Mais ce déménagement, synonyme de nouveau chapitre, est l'occasion rêvée de renouer avec ces souvenirs douloureux, de les apprivoiser. Pour certains, cette boîte ne renfermerait qu'un amas de vieilleries désuètes. Pour moi, elle contient un trésor inestimable. Je la saisis avec la révérence due à une relique sacrée, tel le Graal entre mes mains, l'examinant sous toutes ses coutures. Le couvercle porte l'inscription : « Les bons biscuits de Fabis : en grande boîte fer, familiale comme autrefois. » Un sourire nostalgique étire mes lèvres à la lecture du dernier mot... "Autrefois". De quelle époque parle-t-on ? À en juger par son aspect, elle a déjà traversé plusieurs décennies. Nous avons tous en mémoire l'image de cette grand-mère, gardienne d'une boîte à gâteaux que l'on s'empressait d'ouvrir, espérant y découvrir des douceurs, pour finalement être confronté à un nécessaire de couture... Ma grand-mère, Marie-Thérèse, y avait précieusement conservé les souvenirs de ses parents, de sa famille. La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre !
Je la pose délicatement sur la table et l'ouvre avec précaution. Un véritable capharnaüm s'offre à mes yeux : médailles, pipes en bois patinées par le temps, livrets militaires, un briquet d'un autre âge... Et une montre à gousset. De tous ces objets chargés d'histoire, c'est elle qui suscite le plus ma curiosité. Tous les autres portent une inscription, un nom, des initiales, autant d'indices permettant de retracer leur parcours. Celle-ci demeure obstinément muette. Je la fais rouler entre mes doigts, incapable d'estimer son âge. Elle semble sortir tout droit d'une boutique, tant son état est impeccable. Le dos, en argent massif, est orné d'une délicate composition florale. Le cadran en céramique, avec ses chiffres élégamment calligraphiés, est d'une pureté intemporelle. Je m'approche de la fenêtre, cherchant la lumière du jour pour déceler une éventuelle gravure sur la savonnette, ce petit clapet protecteur à l'arrière. Rien. À qui a bien pu appartenir cette montre mystérieuse ?
C'est une montre mécanique. Je tourne la couronne au sommet pour ajuster les aiguilles, puis tire légèrement pour la remonter. Le mécanisme s'éveille dans un cliquetis rassurant. Soudain, un bourdonnement vertigineux envahit mes oreilles et, une sensation de chute libre, comme si j'étais emporté dans un tourbillon irrésistible.
Lorsque je rouvre les yeux, le soleil m'éblouit. Mon salon a disparu. Je me retrouve au cœur d'une rue animée, désorienté. Comment suis-je arrivé là ? L'endroit m'est familier, mais transformé. Je reconnais la Place de Leforest, le village de mon enfance, mais l'ancienne librairie a cédé la place à un bâtiment qui épouse parfaitement l'angle de la rue. Un bruit métallique attire mon attention : à droite, un forgeron, vêtu d'un imposant tablier de cuir, martèle le fer sur son enclume. J'aurais pourtant juré qu'un restaurant occupait cet emplacement. Près d'une imposante roue de chariot, une petite enseigne indique : "Louis Ladureau : Maréchal-ferrant".
« Qu’est-ce vient foutre un maréchal-ferrant à Lef… » me dis-je, avant de m'interrompre brusquement.
Je contemple les deux rues perpendiculaires qui s'offrent à moi. Pas la moindre automobile en vue. Les sourcils froncés, je constate avec stupeur que les rues sont pavées ! Les façades des maisons me sont familières, mais certains détails ont changé. Des boutiques ont laissé place à des habitations, tandis que d'autres arborent des vitrines d'un autre temps.


Mon regard se pose sur ma tenue, et je réalise que je porte un costume d'une autre époque. On m'a affublé d'une vieillerie du siècle passé ! J'ai l'air d'une montgolfière en tweed. Le pantalon ? Un chapiteau de cirque. La veste ? Mes épaules semblent avoir remporté un concours de gonflette à l’insu de mon plein gré. Quant à ce chapeau fedora... D’un geste, je le lance en l'air, exaspéré ! On dirait que je me prépare pour une convention de sacs de couchage élégants.
Je me retourne en inspirant une bouffée, le vertige me saisit, mais ma respiration se coupe net. Derrière moi, l'église se dresse, imposante. Bouche bée, je la contemple. Elle paraît si... ancienne. Les briques sont dégradées, les vitraux en piteux état. Des chevaux attendent patiemment, leurs sangles nouées aux anneaux d'attache fixés sur le flanc de l'édifice. Comment suis-je arrivé ici ? L'impression de revivre le cauchemar de Marty McFly me submerge. Ce que je vois évoque de vieilles photographies de la ville. L'église est si décrépite... Elle a connu plusieurs restaurations au fil des ans, mais là... Je fouille dans ma mémoire : il me semble que sa première grande réfection extérieure remonte au milieu des années 30, et la dernière au début des années 2000. On croirait qu'elles n'ont jamais eu lieu.
Cela fait bien dix minutes que je suis là, immobile, figé. Je me décide enfin à avancer, en quête de réponses à cette hallucination troublante. En m'approchant du grand portail de l'église, une autre vision me stoppe net : une structure octogonale en pierres blanches, dont le toit en zinc, de même forme, repose sur huit colonnettes. Le kiosque à musique, jadis cher au cœur des Leforestois, disparu depuis des décennies, se dresse là, dans toute sa splendeur. Cette fois, c'en est trop, j'ai définitivement perdu la raison...
La grande porte est ouverte. J'y pénètre avec hésitation, dans ce lieu que je connais si bien. S'il y a un endroit à Leforest que j'affectionne particulièrement, c'est bien celui-ci. Après une année à m'y être entraîné avec mon instrument, il y a quinze ans, c'est ici que j'ai pris la décision la plus importante de ma vie : reprendre mes études pour me consacrer à l'archéologie et aux métiers d'archives. Une fois mes yeux accoutumés à la pénombre, je découvre, déconcerté, que l'intérieur de l'église a, lui aussi, subi une métamorphose. Les murs, autrefois d'un blanc immaculé, ont laissé place à une pierre grise aux joints apparents. La faible luminosité provient des vitraux, ternes et encrassés, qui n'ont rien à voir avec ceux que je connais. Dans l'allée centrale, de vieilles chaises sont alignées de part et d'autre. Sur l'accoudoir, de petites plaques métalliques sont scellées. Je me penche vers l'une d'elles : « Rosalie Harpy ». À chacun sa place attitrée. Des étendards rouge vif, ornés de motifs du Crucifix et du Sacré-Cœur, sont suspendus aux colonnes, à l'exception de l'une d'elles, à droite, où une imposante chaire en bois s'élève. Sa boiserie me rappelle celle des confessionnaux, seul élément familier dans ce décor transformé. De même facture, un chancel, sorte de barrière basse, sépare la nef du chœur. Au fond de celui-ci, le maître-autel est toujours là, immaculé. Mais une structure supplémentaire le prolonge vers le haut, et je suis saisi par la puissance qui se dégage de cette allure monumentale.
Un éternuement me tire de ma contemplation. Dans le silence de la nef, je n'avais pas remarqué la présence d'un homme, assis, seul, au milieu d'une rangée de chaises. Je m'approche lentement. Puis-je l'aborder ? Et comment ? « Bonjour, je viens du futur. Souhaitez-vous connaître les numéros gagnants du prochain tiercé ? » Ma maladresse légendaire risque de me faire commettre une bévue. J'aime l'Histoire, mais je n'ai aucune idée de l'endroit, ni même de l'époque, où j'ai atterri. En arrivant à sa hauteur, l'émotion me submerge. Je le reconnais. C'est mon arrière-grand-père, Alphonse Marcout. Il est le portrait craché de la photographie qui trône dans mon salon. Je me souviens cependant d'une remarque de mon grand-père à son sujet : « Le photographe s'est trompé. Il a donné à mon père des cheveux bruns, alors qu'ils étaient châtains clairs, presque roux. » Effectivement, sa chevelure et la moustache qu'il arbore fièrement sont nettement plus claires.
Aussi discrètement que mon agilité me le permet, je m'assois à côté de lui. Nous sommes seuls, et parmi l'infinité de chaises disponibles, c'est précisément à sa droite que je choisis de m'installer. Sans esquisser le moindre mouvement de tête, il fronce les sourcils et tourne les yeux dans ma direction. Je me racle la gorge avant de m'asseoir, lorsqu'un objet glisse de la poche intérieure de ma veste. La montre ! La chaînette en métal, reliée à un bouton, la retient in extremis avant qu'elle ne s'écrase au sol. Pris dans le tourbillon de mes découvertes, je l'avais complètement oubliée. C'est la dernière chose dont je me souviens avant mon arrivée ici. Le front soudain perlé de sueur, je la range précipitamment dans ma poche. Je tourne la tête vers mon voisin : son visage, toujours immobile, s'est transformé, illuminé par un large sourire.
— Veuillez excuser mon sursaut, ma maladresse m'a une fois de plus joué un tour, dis-je d'une voix hésitante.
— Ce n'est rien, répond-il d'un ton amusé.
Un long silence s'installe, mais l'atmosphère presque surréaliste et burlesque de la situation est palpable. C'est mon aïeul qui prend la parole le premier :
— Vous souhaitiez me voir ?
— Mais vous êtes seul dans cette vaste église, je trouvais impoli de m'asseoir loin de vous, en vous ignorant, répondis-je, m'efforçant de conserver un air détaché.
Après un rire franc et sonore, il poursuit :
— Je parle de la montre ! J'imagine que vous êtes venu dans l'intention de me rencontrer, sinon, que feriez-vous ici ?
Je tourne vivement la tête vers lui et croise son regard pour la première fois. Ses yeux perçants me rappellent ceux de son fils, mon grand-père, disparu depuis trop longtemps.
— ... euh... bredouillé-je. Je dois vous avouer que je ne sais pas vraiment comment je me suis retrouvé ici. Alors, non, je suis navré, mais... je ne m'attendais pas à vous voir.
— Mais vous avez bien remonté cette montre en pensant à moi ? Sinon, que feriez-vous ici ? Vous pouvez parler ouvertement, je suis au courant du secret de cette montre.
— Un secret... D'accord », dis-je, décontenancé. Je me souviens seulement que j'étais dans mon salon. J'ai ouvert cette boîte qui appartenait à ma grand-mère... Elle contient toutes sortes de babioles familiales, et il y avait cette montre. M'interrogeant sur son origine, j'ai juste... Je suis interrompu.
— Remonté la montre ! Et vous voilà maintenant en ma chère compagnie.
— C'est bien cela, confirmé-je en hochant la tête. Mais qu'est-ce que... Suis-je dans un remake de « Retour vers le futur » ?
Constatant son incompréhension face à ma dernière phrase, je poursuis :
— Alors, j'ai remonté le temps ?
— Oui... et non », répond-il avec un sourire énigmatique. Imaginez : vous remontez le temps et vous vous retrouvez en 1912, à bord du Titanic, quelques jours avant sa collision fatale. Par simple envie de vous dégourdir les jambes, vous décidez de vous aventurer dans la timonerie. En passant, vous heurtez accidentellement le levier de commande. Ce geste, anodin en apparence, modifie légèrement l'angle de barre. Le navire, imperceptiblement, change de cap. Ce minuscule décalage, à l'échelle de l'océan, éloigne le Titanic de sa trajectoire d'origine de quelques centaines de mètres. Assez pour que l'iceberg passe inaperçu et ne percute plus le paquebot. La survie des passagers du Titanic a enclenché une chaîne de conséquences à travers le temps.
Il marque une pause. Ne saisissant pas où il veut en venir, je l'encourage à continuer.
— Leurs descendances ont prospéré, tissant de nouveaux liens et effaçant des pans entiers d'histoires familiales. Des lignées qui auraient dû voir le jour après la tragédie n'ont jamais existé, remplacées par celles issues des survivants. L'équilibre du monde a été bouleversé, chaque vie sauvée remplaçant une autre, dans un jeu de dominos temporel.
— Mais alors, si c'est si dangereux, pourquoi ai-je remonté le temps ? Je pourrais modifier les événements, prévenir...
— Je vous arrête tout de suite. Moi-même, j'ai souhaité pouvoir faire tant de choses avec une telle montre. Mais la réalité est bien différente. Si demain, vous décidez de remonter à nouveau cette montre pour revenir me voir, sachez d'ores et déjà que je ne me souviendrai plus de notre rencontre d'aujourd'hui.
— Comment cela ? » demandé-je, incrédule.
— C'est très simple : la montre vous fait bien revenir dans le passé. En remontant le mécanisme tout en sachant qui vous souhaitez voir, elle vous propulse directement près de cette personne. En revanche, vous ne remontez pas le temps au sens littéral du terme. Vous remontez plutôt... Il cherche ses mots. ...vous remontez plutôt un « souvenir ». Donc, à l'inverse, vous ne pourrez jamais avancer dans le temps et aller voir vos enfants. Ce souvenir n'existe pas. Alors, pour vous répondre : oui, vous pourriez peut-être modifier le cours du temps, mais pas le cours d'un souvenir. Je ne suis que le reflet d'une époque révolue.
— Vous dites n'être qu'un reflet, mais notre discussion est cohérente ! Et comment connaissez-vous cette montre et sa particularité ? Vous en savez bien plus que moi !
L'écho de ma voix résonne dans l'église. J'ai haussé le ton malgré moi, emporté par mon tempérament.
— C'est simplement dû au fait que j'ai été le propriétaire de cette montre. Mon grand-père Désiré l'a été avant moi. Orphelin à la naissance, tout ce qu'il possédait se résumait à un simple linge comme couverture, et cette montre. Il me l'a transmise en m'expliquant son fonctionnement. À mon tour, n'ayant pas de fils, enfin, pas encore... je l'ai offerte à mon cousin Henri pour ses 15 ans. J'ignore ce qu'elle est devenue par la suite. Mais vous l'avez retrouvée dans cette boîte. Maintenant, elle est à vous.
— Oh...
Je sais parfaitement ce qu'elle est devenue. Ce cousin, Henri Marcout, n'a jamais eu d'enfant. Il a épousé Jeanne Herbaut, la tante de ma grand-mère, propriétaire de cette fameuse boîte. Notre conversation m'a fait prendre conscience d'un autre détail. L'image se précisait, comme une vieille photographie révélant ses détails sous l'effet d'un révélateur magique. Si Henri était le cousin d'Alphonse, alors les visites d'André, mon grand-père enfant, à son cousin étaient plus que probables, presque une certitude inscrite dans la logique familiale. Et Jeanne, l'épouse d'Henri... La tante de ma grand-mère. Un flot de souvenirs chaleureux remontait à la surface, les récits passionnés de ma grand-mère, la voix chargée d'affection lorsqu'elle évoquait cette tante Jeanne, si chère à son cœur. Elle me narrait les souvenirs de jeunesse, les petites et grandes histoires de famille, avec cette pointe de mélancolie douce-amère qui colore les souvenirs heureux. Pourtant, une question demeurait, une énigme flottant dans l'air du temps : comment mes grands-parents s'étaient-ils rencontrés ? L'ombre d'un doute s'estompait, laissant place à une possibilité troublante. Et si ce couple, Henri et Jeanne, avait, sans le savoir, joué les entremetteurs, unissant nos deux familles bien avant que mes grands-parents ne se rencontrent ? L'idée prenait racine, presque romanesque, comme si les fils du destin, patiemment tissés par cette montre voyageuse, avaient convergé vers ce point précis, préparant le terrain à une union qui semblait écrite d'avance.
La vie d'Alphonse n'a jamais été un long fleuve tranquille. Né en 1889 à Mons-en-Pévèle, fils de Léon, brasseur dans le même village, il a perdu son père à l'âge de 9 ans. Son grand-père a recueilli son petit-fils ainsi que sa mère et a pris soin d'eux jusqu'à sa propre mort en 1905. Alphonse, alors âgé de 16 ans, est en âge de travailler. Il est engagé par la Compagnie des Mines de l'Escarpelle, qui a l'avantage de loger ses salariés. Il emmène sa mère avec lui à Leforest. À la veille de la Grande Guerre, il épouse, le 12 mai 1913, une certaine Rosalie Henno et reconnaît en même temps une fille, Blanche. Au début de 1914, une autre petite fille, Maria, rejoint la famille. Puis, la guerre éclate. Alphonse est mobilisé, et les nouvelles de sa femme et de ses filles s’arrêtent à cause de l'occupation. En 1915, il est capturé par l'ennemi et envoyé en Allemagne. À son retour en 1919, Rosalie a disparu, emportant avec elle ses deux filles, sans laisser la moindre explication. Plus tard, Alphonse refera sa vie avec mon arrière-grand-mère, Marthe Delmer. Il aura enfin les fils tant attendus. Et le premier naîtra un an après qu'il ait donné cette montre à son cousin. Son seul regret, le restant de sa vie, sera de ne jamais avoir pu divorcer de Rosalie, toujours officiellement marié, et ne sachant où la trouver, ses enfants avec Marthe porteront le nom de leur mère. Mon grand-père n'avait que 5 ans lorsque qu’Alphonse est décédé.

Alphonse Marcout

André Delmer
— Waouh. Mon arbre généalogique s'est trompé, mon arrière-grand-père n'est pas Alphonse Marcout, mais Albert Einstein ! dis-je, cherchant à détendre l'atmosphère après ce moment de réflexion intense.
— Ah ! Donc, vous savez qui je suis. J'en étais sûr, déclare-t-il, comme s'il venait de résoudre une énigme complexe.
— Oui, je sais qui vous êtes. Vous avez eu un fils. Je suis le descendant d'André.
— Enchanté, alors, euh...
— Émile ! ajouté-je, réalisant que je ne m'étais pas encore présenté.
— Eh bien, sachez, cher Émile, que nous sommes le 24 août 1930. Votre grand-père va avoir un mois. Et actuellement, nous attendons l'arrivée de sa maman. André va être baptisé en même temps que sa sœur jumelle. Cela me ferait plaisir si vous y assistiez.
— J'en serais très honoré, dis-je en m'avançant pour lui serrer la main.
Je croise une dernière fois son regard, dans lequel je perçois une lueur de fierté. Nos mains se relâchent, et j'entends les pleurs d'un bébé provenant de l'entrée de l'église. Je tourne la tête pour observer mon grand-père, et ce bourdonnement familier résonne à nouveau dans mes oreilles.
Me voici de retour dans mon salon, face à la fenêtre donnant sur un jardin paisible. La montre est toujours dans ma main. Je la dépose délicatement dans sa boîte orangée, aux côtés des autres objets qui l'accompagnent depuis si longtemps. Je referme le couvercle et y pose la paume de ma main, un sourire ému aux lèvres.
« Merci, Alphonse. J'en ferai bon usage. »
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Commentaires
Wahou, quelle rencontre ! bravo.
Une belle entrée dans le monde du #RDVAncestral avec une montre à remonter les souvenirs qui va certainement séduire le lecteur.
Ravie de découvrir votre blog grâce à ce #RDVAncestral.
Nous avons le même "profil", un attachement à notre petite commune du bassin minier. Je vais vous suivre avec intérêt.
Une Pecquencourtoise d'origine